Shapes in Silence 2019

Tom Henderson est un artiste plastique dont le travail examine la frontière entre la peinture et la sculpture. Formé en tant que sculpteur il a toujours voulu être peintre, une recherche qui est devenue une fin en soi et qui l’a conduit à trouver une voie intermédiaire, qui pourrait être nommée celle des « peintures sculptées ». Que sont les peintures sculptées ? Ce sont des œuvres qui restent sur les murs, un aspect qui reste lié à sa sensibilité de peintre. Mais quand on les regarde, ces œuvres demandent que le spectateur gravite autour d’elles. Cette relation entre le spectateur et l’œuvre rappelle l’expérience de la sculpture. Il s’agit du fonctionnement de la pratique d’Henderson : ses compositions sont vivantes, elles requièrent que le spectateur remarque leur changement en fonction de sa position et de la lumière.

Henderson travaille en série, un procédé qui lui permet de rechercher les aspects techniques sur lesquels il se concentre. Sa pratique peut être divisée en deux grands aspects : les séries plates et texturées, particulièrement Flatland et Drypoint, et les autres contenant des éléments tridimensionnels comme Arclight et Corner Series. Les détails les plus fins de ses compositions résultent des variations causées par l’utilisation du plexiglas, de la peinture et de des manipulations réalisées sur la surface peinte. Les résultats vont de de la transparence à l’opacité des surfaces causée par la juxtaposition de couleurs et de couches formées par les différentes textures de la ligne, la couleur et la transparence.

Flatland, une série conçue entre 2017 et 2018, présente des surfaces texturées qui ont l’air lisse et stable à première vue, et pourtant la tridimensionnalité est révélée au spectateur après une inspection plus poussée. Cette variation résulte des manipulations de la surface qui lui donnent un aspect texturé obtenu en grattant subtilement la peinture. Flatland lui permet de revisiter l’histoire de la grille, une structure particulièrement importante dans l’art moderne. Comme le disait Rosalind Krauss, l’imperméabilité de la grille face à l’interprétation narrative pousse au silence. Plusieurs artistes abstraits ont utilisé la structure de la grille pour pousser à la découverte, malgré la difficulté d’une telle entreprise. Dans le travail d’Henderson, le grattage méthodique de la surface du plexiglas sur le premier plan et l’arrière-plan des compositions déstabilise le silence de la grille et promeut la connexion avec le spectateur qui passe. Ceci est particulièrement visible dans les œuvres After you et Elsewhere, une paire de réalisations en noir et blanc qui fonctionne également comme un diptyque. La série a évolué vers des œuvres comme Luck of the Devil, un triptyque de couleurs pures : rouge, jaune et bleu.

La série Drypoint de 2018 est un exercice de méticulosité : une fois que l’entièreté de la surface du plexiglas est peinte avec de la peinture pour voitures, Henderson ôte une fine couche de peinture à l’aide d’une aiguille à pointe sèche. Bien que la surface paraisse lisse, le grattage de la surface et du dos du plexiglas livre des compositions qui présentent une douceur plus généralement trouvée dans le textile.

Le travail d’Henderson enseigne au spectateur que la peinture et la sculpture ne sont pas antagonistes, mais plutôt qu’elles peuvent coexister dans une seule et même structure. Cela rappelle également que les matériaux modernes et industriels peuvent être travaillés de manière artisanale et rappeler des supports intemporels tels que le textile.

Dr. Leonor Veiga
Lisbon, 2019